Jeudi 5 février 2009

Visiblement, le préfet du Bas-Rhin a eu peur pour son poste (photo portable)
La "fête" bourgeoise et élitiste organisée par l' Université de Strasbourg a tourné en vaste mascarade, où les revendications sociales n' ont eu pour seule réponse que coups de matraques par
des CRS zélés et des gaz lacrymogènes.Voici le déroulement des évènements tels que je les ai vécu:
9h30: La manifestation part calmement de la place rouge (parvis de la fac de droit) vers le Palais Universitaire, où la ministre devait prononcer un discours devant un public trié sur le volet, sans étudiant, hormis peut être quelques représentants de l' AFGES, acquise assez largement à tout ce qui peut émaner d'un gouvernement, de préférence de droite.
La manifestation se passe dans une ambiance bon enfant, les slogans sont mesurés.
Environ 2000 personnes sont présentes, c'est un succès.
10h30: arrivée devant le Palais U. Tout est calme. Une dizaine de policiers en civils bloquent l' entrée principale du Palais Universitaire. Quatre cars de gendarmes mobiles bloquent la rue de l' Université. Aucune animosité des étudiants envers eux, ni des étudiants vers eux.
11h00: La foule se compresse sur le parvis du palais, une bonne partie des étudiants (dont moi) souhaitent pénétrer à l' intérieur. Après, tout, c' est bien l' inauguration de notre université qui est entrain d'être faite, et nous ne sommes même pas nous, étudiants de l' UDS autorisés à entrer dans notre Palais U sous prétexte qu' une ministre organise un cérémonie ridicule, alors même que toutes les facultés de France, y compris les plus conservatrices (fac de droit de Strasbourg, IEP d' Aix,...) sont révoltés contre les réformes en cours.
Les policiers sont légèrement bousculés, mais maîtrisent relativement la situation. Comme pour mettre de l' huile sur le feux, les CRS prennent position devant l'entrée du Palais Universitaire avec l' intention non pas simplement d' empêcher l' entrée, mais bien pour disperser la manifestation, comme c' est dit dans le reportage des DNA ci-dessous.
Dans le reportage ci-dessus, on voit Alain Beretz, le président de l' UDS se précipiter vers le responsable des CRS afin de calmer jeu (il a appris que des étudiants se sont fait matraquer). Le responsable en question répond que "les fonctionnaires étaient en danger" et qu'ils ont été "projetés contre des vitres". Ce fonctionnaire est pris en plein délit de mensonge. Jamais des fonctionnaires de police n'ont été en danger. Jamais ils n' ont été projetés contre les portes vitrées de notre palais U. Tout au plus ont ils été bousculés. Cela ne justifie en rien l' attaque en règle des forces de police envers les manifestants.
11h30: La tension est à son appogée. Les CRS sont très agressifs envers les manifestants. Voyant que les forces de l' ordre n' hésiteraient pas à frapper sans distinction les étudiants, ils décident de s'asseoir pour prouver leur pacifisme. Alors que tous étaient assis, hormis les activistes du premier rang, qui étaient entrain de le faire, les CRS ont utilisés leurs bombes lacrymogènes sur le visage et à moins de 10 centimètres de certains camarades. Des coups de matraque tombent aveuglement, y compris sur des jeunes manifestantes pas particulièrement virulentes. La foule s' éloigne à une quinzaine de mètres du Palais U.
(on entrevoit les gaz lacrymogènes aux dernières secondes de la vidéo)
11h45: Les professeurs et personnels de l' UDS présents à la manifestation forment un cordon entre les CRS et les étudiants. La manifestation dure une bonne demi-heure dans un calme relatif. Naturellement, les slogans, y compris des plus modérés, se radicalisent ("non à l' état policier") ou sont hostiles aux CRS ("on veut étudier pour pas terminer policier"), mais ne sont rien au regard de la "presque charge" physique des forces de l' ordre.
Notons que contrairement à ce qui a pu paraître dans une dépèche Reuters et un reportage mensonger de France 2 au journal de 13h00, jamais des projectiles n' ont été lancé sur des policiers en civil ou des CRS. Les quelques oeufs et la chaussure lancée par des manifestants visaient la porte du Palais U (elle est assez haute) et se sont écrasés à quelques mètres au dessus des forces de l' "ordre".
Cette répression d' une manifestation pacifique est sûrement le fait d' un préfêt zélé qui craint pour son poste (cf mutation d' un préfêt après des incidents lors de la visite de Nicolas Sarkozy à Saint Lo).
20 Minutes.fr: "Cette intervention a suscité l'indignation d'étudiants et d'enseignants-chercheurs. Paul Meyer, adjoint au maire (PS) de Strasbourg chargé de la jeunesse, a lui aussi vivement réagi en dénonçant «une charge de la police scandaleuse. Nous allons demander des comptes au préfet car cela relève de l'incompétence de la sûreté publique.»"
Notons de plus que sans la présence de l' eurodéputée (PSE) Catherine Trautmann aux abords de la manifestation, la charge aurait pu être bien plus longue et plus violente.
Libération: "A l'extérieur, consternée, l'ancienne ministre et eurodéputée Catherine Trautmann, vice-présidente de la communauté urbaine chargée de l'enseignement supérieur, se demande pourquoi les CRS ont réagi d'emblée aussi fort plutôt que d'appeler au calme. Les policiers sont intervenus sur un terrain appartenant à l'université, et a priori sans qu'on les ait requis, fait-elle aussi remarquer. "
La cérémonie d' inauguration a été de plus perturbée par des professeurs invités et en colère:
On est bien loin des "quelques banderoles et profs en colère" du même JT de France 2, visiblement déjà bien à la solde de son futur patron, Nicolas Sarkozy.
16h30: Une réunion ouverte à tous sur le fondation de l' UDS était prévue à l' Institut Le Bel (ex-ULP) avec le président Beretz et des "philantropes" susceptibles de faire des dons à l' université unique. Visiblement, les organisateurs n' avaient pas prévu la présence de nombreux étudiants, plutôt hostiles à l' introduction de fonds privés dans l' université publique. Nous étions 200 à essayer de rentrer dans la salle, maintenus par un service de sécurité interne plutôt cordial au regard des CRS agressifs et hargneux du matin. Finallement, Alain Beretz se résigna à mener cette réunion dans un amphi. La discussion fut sans heurts, mais les réponses du président et de la direction peu convainquantes. Les craintes sur l' avenir de l' université sont loin d'être levées...
Assemblée Générale de tous les étudiants de l' UDS le lundi 9 février à 13h00 au Patio (ex-UMB)
Plus d' infos sur le blog de l' Unef Strasbourg.
Vidéos : DNA




